15/12/2019

A tous ceux qui (s')aiment

A tous ceux qui s'aiment_Claire COLIN.PNG

 

Sophie, nouvelle adhérente de CH(s)OSE a la gentillesse de partager avec nous les éléments de sa vie professionnelle et personnelle qui l’ont motivé à nous offrir son soutien pour notre cause : Handicap et Sexualité

Nous saluons cette initiative et la remercions chaleureusement pour ce partage.

 « Je n’ai jamais vraiment su, vraiment pu expliquer mon choix de me diriger vers des études en sexologie. C’est vrai, que ferait une orthophoniste dans cet univers ?

L’envie était là. La personnalité aussi. Dès lors que j’ai eu la chance de travailler dans un service de médecine physique et réadaptation auprès de soignants et de patients merveilleux.

 Ensuite, il y a eu les voyages au Canada pour me former à la prise en charge de personnes souffrant d’autismes et de déficiences, parfois sévères.

Et depuis toujours, l’accompagnement de femmes, d’hommes, vivant chez eux ou en EHPAD.

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Alzheimer, Sclérose Latérale Amyotrophique, Sclérose en Plaques, Maladie de Charcot, de Steel Richardson, Locked-in syndrome, Polyarthrite, Chorée de Huntington, Myopathie, Trisomie, Encéphalite, Tumeur, Tentative de suicide…

Les mots résonnent et sont tristes, parfois tragiques.

Pendant mes études, on apprend leurs définitions par cœur, leurs états et la manière de les rééduquer.

Déglutition, Alimentation, Respiration, Communication, Langage, Phonation, Mémoire, Compréhension du monde, Raisonnement…

L’orthophoniste se situe au carrefour de fonctions V.I.T.A.L.E.S. et surtout, elle communique et écoute les confidences ; elle va dans les lieux de vie de ses patients et devient témoin de leurs relations à l’entourage. Souvent, on lui demande de les améliorer.

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Même si j’y mettais toutes mes compétences, tout mon amour, je sentais qu’il me manquait des outils pour répondre à toutes ces sollicitations, et, quel comble pour une orthophoniste ! Je ne savais pas y mettre de mots …

J’ai alors compris que ma profession avait toute sa place pour inventer, participer à la création d’un espace sécure à offrir au patient. A lui (elle) et à son conjoint(e), s’ils le souhaitent.

C’est à ce moment-là que j’ai décidé de me former à la sexologie.

On me demande souvent d’expliquer ma reprise d’études, de formations dans ce domaine. Il a fallu, il faut encore souvent se justifier et j’en ai assez.

Cette place, ce sont mes patients qui ont souhaité que j’y sois et j’ai accepté d’y être. On se voit parfois trois ou quatre fois par semaine, je deviens petit à petit confidente. Le maintien, la création ou encore la modification d’un bien être affectif ou sexuel font partie de leurs perspectives. N’est-ce pas un droit fondamental ? Je devais y contribuer.

Je devais pouvoir écouter les demandes, répondre aux questions, rassurer, diriger vers d’autres professionnels, expliquer à l’entourage certains changements liés parfois à la maladie. Tous ont été perdus, déboussolés, parfois sans aucune explication.

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Dans les bras de B qui m’ont serrée si fort avant qu’il ne parte, quelques heures plus tard.

Dans la bouche d’H qui a toujours trouvé que j’avais « de belles fesses » et qui s’en est allée.

Dans le signe de main de M sortant de l’hôpital et s’en allant au loin. On rigolait bien quand il faisait des blagues coquines.

Dans le regard profondément triste du mari qui voit sa femme partir petit à petit. Cette femme qu’il ne peut plus toucher.

Dans le baiser sur le front qu’a reçu R de sa femme, en ma présence.

Dans les rires de F quand des fenêtres de jolies femmes apparaissent en bas de l’écran de son ordinateur en séance.

Dans les traits du visage de J qui comprend enfin pourquoi son époux ne pense plus « qu’à ça ».

Dans le SMS enjoué d’A reçu par ma consœur M qui l’a inscrite à sa demande sur Meetic et l’a aidée dans ses échanges, l’a écoutée et rassurée.

Dans le clin d’œil de N à qui je viens de mettre son parfum préféré.

Dans le haussement d’épaules de M à qui je dis qu’il n’y a pas d’âge pour embrasser celle qu’on aime.

Dans l’accolade de H qui me dit que je ressemble à son idole Céline Dion.

Dans la collaboration avec des éducateurs, infirmiers, AMP avec lesquels nous avons élaboré une suite de pictogrammes afin que T puisse se masturber sans se blesser.

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B est décédé d’une tumeur au cerveau.

H avait la maladie d’Alzheimer.

M était alcoolique et sans abris.

J avait la SLA.

F souffre d’une myopathie.

Le mari de J a la maladie de Parkinson.

R est mort d’un cancer de la prostate.

A est jeune et très belle. Elle a fait une rupture d’anévrisme.

N souffre d’une polyarthrite rhumatoïde et ne peut plus bouger.

M est dépressif et a fait plusieurs tentatives de suicide.

H présente une déficience mentale

T est autiste.

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Je considère mon métier comme un carrefour de toutes formes de communication à mettre au service de toutes personnes qui en ressentent le besoin.

Aborder l’imaginaire de la personne quand elle y a accès. L’aider quand elle ne l’a pas.

Guider, désamorcer les inquiétudes, répondre aux questions, diriger, écouter, apaiser.

Pouvoir parler de sa sexualité, c’est la dessiner, lui donner vie.

Nous avons tous notre place pour l’évoquer. Véhiculons cette notion de santé affective et sexuelle. De son droit de pouvoir y accéder, librement.

Je souhaite être une voix, un pilier pour témoigner que ce sujet peut être abordé, hébergé, soigné.

L’amour rend vivant celui qui lui donne asile.

Je suis reconnaissante que l’on m’ait donné cette chance de formation où je rencontre des gens formidables et je suis heureuse de pouvoir m’engager au sein de votre association. »

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