Témoignage de Patricia - Partie 2 - La Bête

Témoignages.jpgDès qu'il s'agit de s'exprimer sur la sexualité, il y a comme un blocage... Nous avons tendance à garder nos problèmes, nos ressentis, nos besoins pour nous.

Et pourtant ! Il est important de se rendre compte que nous ne sommes pas seul.es à ressentir les mêmes émotions.

C'est pourquoi CH(s)OSE propose une rubrique "Témoignages". Pour que vous puissiez vous dire "moi aussi je ressens exactement la même chose !" et ainsi, nous l'espérons, vous aider à casser l'isolement où vous êtes. 

Patricia nous a proposé trois formidables textes pour exprimer son ressenti de personne en situation de handicap. Elle se livre toute entière et met son âme à nue.

Aujourd'hui nous vous partageons son deuxième texte "La Bête".

LA BÊTE

"C’est l’automne, les feuilles tombent et mon cœur pleure. Je suis née dans ce monde, mais je n’en fais pas partie. En effet, je ne suis qu’un simple spectateur. Je me contente d’observer toute cette agitation, de loin, par ma petite fenêtre. Je frotte dessus en tentant d’enlever toute cette buée et là, je contemple pendant des heures entières les lumières de la ville. C’est un spectacle magnifique qui s’offre à moi. Parfois, il me semble que ces lumières m’appellent. Je me sens irrémédiablement attirée par elles, mais je n’ai pas le droit de m’en approcher, je dois simplement me contenter de les observer, en silence, en m’imprégnant de l’apaisement qu’elles me procurent. Je suis une bête condamnée à errer dans un monde sombre et souterrain. Ce monde, c’est le mien. Je ne suis que l’ombre de moi-même. Si l’on s’approche de moi, je déclenche chez les autres de la peur, mais cette peur est parfois teintée curieusement  d’une certaine attirance. J’attire, j’interpelle, mais bien souvent, c’est la peur qui l’emporte alors je retourne me terrer dans mon monde.  J’aimerais tellement pouvoir partager des choses avec les autres, partager mes joies, mes peines, mes doutes, mes coups de cœur, mes coups de gueules, toutes ces émotions ancrées en moi qui ne demandent qu’à sortir et surtout à prendre vie à travers les autres. Pourquoi mon apparence singulière fait-elle fuir à ce point ? Mon humanité est à la hauteur de  mon image, mais elle ne la reflète en rien. Mon corps fait peur, il repousse presque instinctivement, comme  lorsque l’on sent un danger immédiat.

Mon cœur et mon âme sont purs, sincères, généreux. Ils ne demandent qu’à aimer et ressentent les choses avec une intensité quasi perceptible. Si l’on me pique, je saigne, si l’on m’attaque, je réponds et si l’on m’aime, je me sens remplie d’un bonheur immense et sans limites et je rends cet amour au centuple.

Je ne suis tout simplement qu’un être humain. Malgré cela, mon physique prend toute la place, c’est lui qui est perçus en premier et il laisse de côté le reste de mon être. Certaines fois, j’imagine rencontrer ma belle. Elle ferait abstraction de mon apparence et aurai la force et l’intelligence d’aller au-delà, de gravir les monts les plus abrupts en sachant qu’au sommet l’y attend les  paysages les plus merveilleux qui lui était donné de voir dans sa vie. Enfin à deux, nous pourrions partager ce moment unique !!! Tout ceci n’est que pure chimère, alors la souffrance et la colère se transforme en un monstre horrible et difforme qui bouscule tout sur son passage. On entend même des râles rauques sortis de mes tripes. Vite, je dois retourner dans mon monde ou tout n’est qu’illusions mais tellement salvateur parfois. À chacune de mes sorties, je risque d’être capturé tel un animal sauvage. Mon corps pourrait se retrouver enfermé derrière des barreaux, mais cela il en a l’habitude. Non, le plus grave, serait de voir mon âme totalement privée de liberté, elle serait incontestablement entrainée vers la mer  des ténèbres  et n’y survivrai pas…"

Patricia

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